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L’IMAM AL-BUKHÂRÎ : SA VIE SON ŒUVRE Spécial

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L’imam Al-Bukhârî : sa vie son œuvre

[(194/ 256 h.) – ( 810 /870 ap. J. C.)] 

Muhammad b. Ismâ‘îl Al-Bukhârî, Abû ‘Abdillâh 

Ibn Hadjar qualifie ce grand érudit de ''montagne de savoir''. Al-Bukhârî naquit le vendredi 13 du mois de shawwâl en l’an 194 de l'hégire (= 20 juin 810 de l’ère chrétienne). Il vit le jour à Bukhâra, une ville qui se trouve actuellement en Ouzbékistan. Il grandit orphelin de père. C'est donc sa mère qui se chargea de son éducation. 

Certains de ses biographes mentionnent qu'il perdit la vue lors de son enfance. Sa mère fut si triste qu'elle passait ses journées à pleurer et invoquer Dieu pour qu'il rende la vue à son enfant. Une nuit, elle vit en songe le prophète Ibrâhîm (Abraham) lui indiquer que son fils avait retrouvé la vue grâce aux invocations qu'elle avait faites.  

Une fois le Coran appris par cœur, Al-Bukhârî se spécialisa dans la transmission de la tradition prophétique. Il fréquenta d'abord les écoles de sa province natale. A l'âge de 16 ans, on rapporte qu'il mémorisait déjà 70 000 traditions avec leurs chaînes de transmission.  

Il consacra toute sa vie à la recherche du savoir ce qui le conduisit à parcourir des distances considérables. De plus, Dieu l'avait doté d'une mémoire photographique. Ainsi, il réussit tous les examens auxquels il fut confronté.  

Il avait à peine une dizaine d'années quand il corrigea une chaîne de transmission de l'un de ses premiers maîtres. A 16 ans, il avait mémorisé tous les ouvrages d'ibn Al-Mubârak et de Wakî'. L'un de ses compagnons de route rapporte que lors de leur voyage à Bassora, tous les élèves écrivaient minutieusement les traditions rapportées par leurs maîtres à l'exception d'Al-Bukhârî qui ne faisait qu'écouter.

Ses camarades lui demandèrent qu'elle en fût la raison, il répondit qu'il n'en avait pas besoin. Il récita alors toutes les traditions qu'ils avaient notées sans la moindre faute. Depuis, ses camarades se rendaient auprès de lui pour corriger leurs cahiers. Il suffisait qu'il parcoure un livre une seule fois pour le graver dans sa mémoire intégralement.  

Lors de son séjour à Bagdad, plusieurs savants, tous spécialisés dans la science du hadith, voulurent examiner ses connaissances. Alors ils lui soumirent une centaine de traditions, toutes authentiques, mais avec la mauvaise chaîne de transmission, puis ils lui demandèrent de les vérifier.

Al-Bukhârî les examina une à une et remit chaque tradition à la chaîne de transmission qui lui convient. Dès lors, tout l'auditoire témoigna de son autorité dans ce domaine. Certains savants le surnommaient le bélier percuteur pour ses facultés de mémorisation.  

Quand Al-Bukhârî mémorisa toutes les traditions disponibles dans sa région, il se rendit en Iran, puis à la Mecque, à Médine, à Bagdad, à Bassora, à Kûfa, en Égypte et en Syrie. D'après ses dires, il étudia chez 1080 savants spécialisés tous dans la science du hadith. Les plus célèbres d'entre eux sont : 

§  Ahmad b. Hanbal

§  'Alî b. Al-Madînî

§  Is-hâq b. Râhawayh

§  Al-Humaydî

§  Âdam b. Abî Iyyâs

§  Al-Fadhl b. Dukayn 

Sa mémoire eidétique lui valut une renommée dans toutes les régions qu'il traversait. Ainsi, son prestige précédait souvent son arrivée. Les savants accouraient de toute part pour étudier la tradition prophétique auprès de lui. Il eut de brillants élèves tels que :  

§  Muslim

§  Ibn Khuzayma

§  At-Tirmidhî  

Al-Bukhârî composa son ouvrage qui allait le rendre célèbre à jamais : Al-Djâmi' as-sahîh. Il sélectionna minutieusement les traditions qui devaient y figurer. Il est le premier à avoir choisi de garder seulement les traditions authentiques. De temps à autre, il se levait la nuit plusieurs fois pour noter des informations qui lui revenaient à l'esprit. Al-Bukhârî était aussi très exigeant, il se renseignait sur le transmetteur avant de valider son information. 

Il a également composé d'autres ouvrages de qualité dont les principaux sont les suivants :  

-       Al-Adab al-Mufrad (Recueil de traditions prophétiques sur l'éthique et les bonnes mœurs)

-       At-Târîkh al-kabîr (Critiques biographiques des transmetteurs)

-       Khalq af'âl al-'ibâd (Recueil de traditions prophétiques liées à la question du destin)  

Al-Bukhârî prenait toujours des précautions quand il devait qualifier un transmetteur du hadith. Quand celui-ci était mis à l’écart, il utilisait des euphémismes du genre : « Ses transmissions sont inexactes, on ignore son identité, il est sujet à discussion, etc. ». Ainsi, il ne souhaitait pas tomber dans la calomnie, il voulait rester le plus objectif possible à l'égard de ses transmetteurs. Rares les fois où il les qualifiait de menteurs ou de charlatans.  

Al-Bukhârî avait également l'habitude de se rendre au front pour garder les frontières de l’Etat musulman. Il vivait avec les soldats et partageait avec eux la dure réalité du terrain. Quand il était au repos, il passait son temps à écrire son commentaire du Coran. 

De même, l'un de ses contemporains témoigne qu'Al-Bukhârî se distinguait par trois traits : il parlait peu, il n'enviait personne, il ne s'intéressait qu'à la science. Pour gagner sa vie, Al-Bukhârî fit du commerce sa profession. Il était d’ailleurs un modèle pour le commerçant intègre.

Un jour, il reçut une marchandise qu'il promit de vendre au détail à un groupe de commerçant pour la somme de 5000 pièces d'or. Le lendemain, d'autres marchands se rendirent chez lui et lui proposèrent 10 000 pièces d'or, chose qu'il refusa.  

Nombreux sont les savants qui firent son éloge. Ainsi, Yahyâ b. Dja'far dit à son sujet : « Si j'avais la possibilité de prolonger la vie de Muhammad b. Ismâ'îl (Al-Bukhârî) je l'aurai fait de ma vie. La mienne est celle d'un homme ordinaire alors que la sienne est celle d'un homme de science ».  

De son côté, Nu'aym b. Hammâd pensait que Muhammad b. Ismâ'îl était l'érudit de cette communauté à son époque. L'imam Ahmad le considérait comme le savant de référence de la région de Khurasan. Aussi, on disait de lui qu'il était l'un des phénomènes de Dieu au niveau du savoir et qu'il n'y avait sous le ciel aucun homme aussi doué dans la science du hadith que lui. Son élève, Muslim voulut même lui embrasser les pieds par respect pour son savoir.  

Al-Bukhârî était également connu pour sa grande générosité. Il louait son jardin pour 700 000 dirhams par an à un paysan. Ce dernier lui ramenait quelques paniers de concombres de temps à autre, car Al-Bukhârî aimait particulièrement ce légume. Alors, chaque année, il lui faisait une remise de 100 000 dirhams. Il s'occupait aussi de ses élèves. Il l'avait l'habitude de payer les charges des plus démunis.  

Cependant, quand Dieu aime son serviteur, il le soumet à de dures épreuves. Al-Bukhârî fait partie de ceux-là. Quand il retourna dans sa région natale, notre érudit bénéficiait d'une aura considérable. Il était plus respecté que le gouverneur de sa province. Mais cette situation ne dura qu'un temps, car les envieux s'en prirent à sa personne et l'accusèrent d'hérésie.  

En effet, on disait partout qu'Al-Bukhârî croyait que le Coran est créé, une déviance en vogue à cette époque. Alors on organisa une assemblée pour le mettre en examen. Quand on lui posa la question, il refusa dans un premier temps de répondre. Quand les gens insistèrent, il leur dit : « le Coran est la parole de Dieu incréée, les actes des serviteurs sont créés et examiner la foi des gens à ce sujet est une déviance ».  

Depuis cet évènement, les gens abandonnèrent son cercle. Comme c'est souvent le cas, la populace ne s'intéresse ni au savoir ni à la purification de soi, elle ne fait que suivre ce qui est au goût du jour.

Al-Bukhârî se retira chez lui et ne se préoccupa plus de ces questions futiles. Quand on lui rapportait que les gens le calomniaient, il répondait : « La ruse du démon est faible ». Il se confortait avec les traditions du Prophète, paix sur lui, qui incitent à la patience.  

Le gouverneur de Bukhârâ le convoqua chez lui pour qu'il examine ses ouvrages. Toutefois, Al-Bukhârî refusa et dit : « Celui qui veut apprendre doit se déplacer dans la mosquée où j'enseigne ou bien chez moi. Je ne veux pas être le premier à humilier la science. Le savoir ne se déplace pas auprès des gouverneurs ». Ce dernier l'expulsa alors de chez lui. Al-Bukhârî prit ses affaires et se rendit dans un village voisin où il séjourna chez un ami jusqu'à la fin de ses jours.  

La veille de la fête de la rupture du jeûne de l'an 256 hégirien, Al-Bukhârî tomba gravement malade, Dieu décida alors de le rappeler auprès de lui. Un homme vit en songe le Prophète, paix sur lui, se tenir debout près de ses compagnons, il dit : " j'attends l'arrivée de Muhammad b. Ismâ'îl ". Il avait alors 62 ans.  

Quand il fut enterré, sa tomba laissa échapper un doux parfum qui provoqua une ruée sans précédent vers celle-ci. Cette senteur dura plusieurs jours. On construisit une clôture autour pour empêcher les gens de l'approcher de trop près. Puisse Dieu accorder son Pardon et Sa Miséricorde à l'imam Al-Bukhârî pour ses efforts accomplis à préserver la science du Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui.

  ______________________

Références :

- As-Siyar de Dhahabî

- At-Tahdhîb d'Ibn Hadjar

- Târîkh Bagdad d'Al-Khatîb Al-Baghdâdî

- Tabqât Ash-Shâfi'iyya d'Ibn As-Subkî

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