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LES DIFFÉRENTES FACETTES DE L’ÂME HUMAINE Spécial

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En acceptant de répondre de la responsabilité de ses actes, l’être humain s’engage à assumer toutes les conséquences que son comportement provoquera. Le Coran évoque cet engagement en ces termes : « Nous proposâmes le gage aux cieux, à la terre et aux montagnes, ils déclinèrent de s’en charger, tant ils en avaient la frayeur. L’homme, lui, s’en est chargé, par comble d’ignorance et d’iniquité » (Les Coalisés, 72).

La vie ici-bas est un lieu d’épreuve où l’homme est mis devant ses responsabilités. Tous les choix de sa vie seront jugés. Il est son propre garant dans les décisions qu’il prend. Le fils d’Adam a cette possibilité d’emprunter tous les chemins qui s’offrent à lui. Certains sont sinueux et d’autres paraissent plus accessibles : « Ne l’avons-Nous pas guidé vers un double chemin ? » (La Cité, 10). 

Lorsque Dieu donne à une personne des biens terrestres, ce n’est pas forcément pour lui une bénédiction. De même, lorsque Dieu retire à quelqu’un des choses qu’il chérit ou le prive de ce qu’il aime, ce n’est pas non plus un signe de malédiction. Toutefois, l’être humain garde toujours cette mentalité puérile et ingrate : « L’homme lorsque son Seigneur l’éprouve par Sa générosité et Ses bienfaits, se borne à dire : ‘‘ mon Seigneur est généreux à mon égard’’, tandis que quand Il l’éprouve en lui diminuant ses donations, l’homme se borne à dire : ‘‘mon Seigneur me méprise’’» (L’Aube, 15-16).

En réalité, aussi bien la richesse que la pauvreté sont des épreuves de la vie. Il est tout aussi difficile de réussir l’une que l’autre. La richesse exige un comportement généreux et altruiste. L’homme riche doit partager ses biens avec ceux qui sont dans le besoin et veiller à ce que son comportement ne laisse transparaitre aucune arrogance envers les nécessiteux : « Nous vous tenterons par le malheur et par le bonheur, c’est une mise à l’épreuve » (Les Prophètes, 35).

Dans un hadith rapporté par At-Tirmidhî d’après Abû Barzata Al-Aslamî, le Prophète, paix sur lui, dit : « Tout serviteur quittant ce monde sera questionné sur sa vie dans quoi il l’a passée, sur sa science et ce qu’il en a fait, sur ses biens d’où il les a acquis et dans quoi il les a dépensés, et sur son corps dans quoi il l’a usé » (n° 2417). Cette tradition synthétise les principales préoccupations de l’être humain qui devra rendre des comptes pour chacune d’entre elles. Toutes les décisions conscientes qui émanent de son âme seront confrontées au miroir de la vérité.

Certains savants musulmans, comme Al-Îdjî (m. 756 h), définissent l’âme ou plus exactement l’égo (an-nafs) comme étant le lieu où interagissent le Bien et le Mal. Cet érudit nous apprend que ce lieu se construit à partir de trois forces : le langage, l’instinct et l’émotion. Chacune de ces forces a deux extrémités et un point médian et seul le point médian mérite d’être valorisé.

Le point médian du langage réside dans la sagesse. L’une de ses extrémités est la prétention et l’autre est la médiocrité.

Le point médian de l’instinct réside dans la décence. L’une de ses extrémités est la perversion et l’autre est la violence

Le point médian de l’émotion réside dans la bravoure. L’une de ses extrémités c’est l’imprudence et l’autre c’est la lâcheté.

Le Coran, de son côté, analyse en profondeur la psychologie humaine et détermine trois stades de l’âme : l’âme incitatrice au mal, l’âme qui se blâme et l’âme sereine.

1. L’âme incitatrice au mal (an-nafs al-ammâra bi-sû’, [s. Joseph, v. 53]). La nature de cette âme invite obstinément son auteur à commettre des outrages. Elle obéit à son appétit et à ses passions. Elle est le symbole de la face sombre de l’individu. Elle abrite toutes les calamités qui surgissent du comportement humain, c’est pourquoi il faut toujours la contrôler. C’est la face de l’âme la plus dangereuse, il faut sans cesse demander à Dieu Sa protection pour nous préserver d’elle.

2. L’âme qui se blâme (an-nafs al-lawwâma, s. La Résurrection, v. 2). Elle invite constamment son auteur à se remettre en question. Elle le blâme aussi bien pour les péchés et les erreurs qu’elle a commises que pour les actes de bienfaisance qu’elle a négligés. Elle tire la sonnette d’alarme toutes les fois où elle se laisse aller à la distraction, voire à la perversion. 

3. L’âme sereine (an-nafs al-mutma’inna, s. L’Aube, v. 27). Elle invite sans cesse son auteur à faire le Bien. Cette âme réussit à prendre complètement le dessus sur les passions et les incitations furtives du démon. Elle se débarrasse de tout comportement immoral, injuste et transgresseur. Puis, elle se pare d’une conduite exemplaire. Elle vit l’esprit apaisé et sans crainte dans ce bas monde et elle sera honorée et rétribuée à sa juste valeur dans l’Autre. Elle symbolise le modèle vers lequel doit tendre tout croyant sincère.

Toutefois, notons qu’une même personne peut, au cours de sa vie, passer par les trois étapes de l’activité de l’âme. Celle-ci peut commencer sereine puis dégringoler au fur et à mesure au point d’arriver au rang le plus obscur de l’immoralité. Elle achève son existence par les pires abominations. L’inverse est aussi vrai, une âme peut commencer au plus bas de l’échelle puis progresser et finir par se perfectionner. Elle mène une existence sereine et apaisée.

D’ailleurs, une tradition prophétique fait allusion à ce chassé-croisé des âmes. Al-Bukhârî rapporte d’après ‘Abdillâh b. Mas‘ûd ces propos du Prophète, paix sur lui, : « L’homme commet les œuvres des gens du Feu jusqu’à ce qu’il ne reste entre elle et lui qu’une coudée, puis il accomplit les œuvres des gens du Paradis et il y entrera. De même, l’homme accomplit les œuvres des gens du Paradis jusqu’à ce qu’il ne reste entre lui et le Paradis qu’une coudée, puis il commet un acte des gens du Feu et il y entrera » (n° 3332).

Chaque personne doit faire le bilan de sa vie pour voir dans quelle situation elle se trouve. Tant que la mort ne frappe pas à sa porte, aucune situation n’est irréversible. Le pire des criminels peut prétendre à la rédemption s’il se réforme pleinement de l’intérieur : « Dieu ne changera pas l’état d’un peuple tant qu’il ne se réforme pas lui-même » (Le Tonnerre, 11).

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