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L’EXCELLENCE MORALE EN ISLAM (AL-IHSÂN)

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L’excellence morale est la plus haute valeur spirituelle à laquelle aspire tout musulman sincère. Cette vertu correspond à une purification totale de l’âme. Or, les valeurs morales couvrent toute l’activité humaine, par conséquent, l’excellence s’intéresse à l’ensemble de son existence.

Sur le plan linguistique, le terme arabe qui fait référence à cette valeur (al-ihsân الإحسان) renvoie à ce qui est esthétiquement beau et fondamentalement bon par opposition à ce qui est laid et infect. Selon Al-Djurdjânî, l’excellence est cette vertu qui mérite dans l’immédiat l’éloge et dans l’Au-delà la récompense divine [1].

Quant à At-Tahânawî, il pense que la racine de ce mot peut avoir trois sens différents :

1. Le premier correspond de manière manifeste à ce qui est magnifique, il s’oppose dans ce cas à la laideur.

2. Le deuxième correspond à l’idéal et à la perfection, il s’oppose dans cas à ce qui est déficient et incomplet.

3. Le troisième correspond à ce qui mérite les éloges, il s’oppose dans ce cas à ce qui est blâmable [2].

Dans le domaine des sciences islamiques, ce terme change de sens en fonction du contexte dans lequel il est utilisé. Cependant, il conserve toujours la marque de ses significations linguistiques. De ce fait, l’excellence peut correspondre au degré le plus élevé de la religion quand elle vient compléter la remise confiante à Dieu (al-Islam) et la foi en Dieu (al-imân).

Dans le célèbre hadith de Gabriel, quand il fut questionné par l’Archange sur le principe d’al-ihsân, le Prophète, pais sur lui, définit l’excellence en ces termes : « C’est adorer Dieu comme si tu le voyais, si tu ne le vois pas, Lui Il te voit » (Muslim).

Dans ce hadith, le Prophète (PSL) nous donne une explication intégrale de cette valeur. En effet, la personne qui agit en ayant à l’esprit la surveillance de Dieu en permanence, ses actions seront belles, élogieuses et proches de la perfection. Ceux qui atteignent ce degré accèdent à l’amour de Dieu, car : « Dieu aime ceux qui excellent » (La Vache, 195).

Celui qui agit bien dans ce bas monde sera récompensé de la plus belle manière dans l’Au-delà. Ce statut exceptionnel est confirmé par un autre verset : « Agir par excellence n’a de récompense que l’excellence » (Le Tout-Miséricordieux, 60). La première excellence fait référence à l’adoration exclusive de Dieu et la seconde se réfère au Paradis.

Al-Qâssimî, dans son commentaire du célèbre ouvrage d’Al-Ghazâlî Al-Ihyâ’, compare la communauté humaine à une affaire commerciale. Ainsi, le capital dans une entreprise est comparable à la pratique de la justice dans une communauté et les bénéfices sont comparables à l’excellence dans l’action sociale. Le capital représente le cœur même de l’entreprise tandis que les bénéfices font état de sa santé économique.

Il en est de même pour la justice qui garantit la vie en société tandis que l’excellence garantit le bonheur auquel aspirent les membres de cette société. Le commerçant qui dilapide son capital court à sa ruine. Aussi, une entreprise qui ne fait pas de bénéfice ne procure aucune motivation pour l’entrepreneur. Il en est de même pour ce qui concerne la justice, sans celle-ci la communauté tombe dans le chaos et sans l’excellence elle se dépossède son indispensable source d’espérance.

Al-Qâssimî s’appuie toujours sur l’exemple de entrepreneuriat pour expliciter le principe de l’excellence auquel il trouve six manifestations différentes dans ce domaine :

1. Le gérant doit définir une marge raisonnable, de telle sorte que sa marchandise s’écoule rapidement. S’il pratique des prix élevés injustifiés, il risque de faire fuir la clientèle. De surcroît, plus la gamme du produit est de qualité supérieure plus la marge bénéficiaire est élevée. Il en est de même des actes d’adoration, leur appréciation, auprès de Dieu, est proportionnelle à leur purification de toute ostentation.

2. Faciliter le paiement à ceux qui sont dans la gêne. Faire un rabais à un pauvre, relève de l’excellence dans le commerce.

3.   Ne pas presser les clients qui sont dans une situation difficile à rembourser une dette. Le Prophète a fait l’éloge de celui qui allonge l’échéance avant de réclamer son dû [3].  

4.   Quand c’est le gérant lui-même qui est endetté, il faut qu’il se presse de s’en acquitter le plus rapidement possible comme le recommande le Prophète [4].

5.   Accorder au client qui a regretté son achat l’annulation de la vente. C’est une décision qui n’est pas obligatoire, mais elle relève de l’excellence.

6.   Accorder des privilèges de vente aux indigents. Il faut se montrer flexible à leur égard surtout pour ce qui concerne les produits de première nécessité [5].

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[1] At-Ta‘rîfât, p. 91.

[2] Kash-shâf istilâhat al-funûn, t. 2, p. 148.

[3] Al-Albânî, As-Silsila as-sahîha, hadith 86.

[4] Al-Bukhârî, N° : 2305.

[5] Sharh al-Ihyâ’, t. 1, p. 116.

La rédaction